jeudi 7 octobre 2010

Ecrire / SAFE 2 / en cours

Je les envie qui chuchotent. J’aimerais, moi aussi, porter ma bouche bien près de l’oreille d’une femme, et y déverser mes secrets, en rougir et en rire. J’aimerais parler de ce qui rend mon cœur si lourd, et effleurer de mes lèvres le contour de l’oreille de ma confidente. Lorsqu’elle se tournerait vers moi pour chuchoter à mon oreille, son visage très proche, je saurais que cette femme est ma sœur, que son cœur est fait comme le mien, et nous échangerions nos peines, les faisant remonter de nos cœurs à nos bouches, de nos bouches à l’oreille de l’amie, de son oreille à son propre cœur. Peines substituées, plus légères à porter que nos propres peines, cœurs plus légers, amis.

Mais cela aussi m’est interdit.

Etrangement, tenue à l’écart du danger que représentent tous les hommes, je suis exclue aussi de toute possibilité d’amitié féminine, condamnée à des amitiés d’où le sexe et l’affect son bannis, à des amitiés tronquées, comme le sera ma vie. […]

La solitude et le silence. La fidélité à sa loi. Etre sauve. Demeurer intacte. Rechercher la pureté. Rester pure. Ne pas me mêler aux bavardages insipides des femelles concupiscentes. Trouver Dieu. Ne pas le trouver. Désespérer d’être un corps inutile. Désespérer de mon silence héroïque. Mépriser le bruissement qui m’entoure. Faire de ma mutilation un trophée. Devenir reine. Régner. Ignorer le partage du sang. Voir mon propre corps contaminé d’une maladie que personne ne m’a transmise. Générer un virus qui ne salira que moi, qui ne détruira que moi. Voir mon corps dépérir et ne pas abdiquer la couronne. Persister dans l’orgueil royal. Ne pas savoir guérir. Persister. Dépérir. Ne pas savoir comment lutter. Ecraser toute faiblesse de mon sceptre. Succomber. A la haine, à la déception, à la tristesse, à la colère. Succomber à mon impuissance de femme à être un homme, à mon impuissance d’homme à être une femme, à mon impuissance. Et mépriser encore ce qui me consume.

Enfin.

En bout de course.

Y mettre un terme.

Il arrive que les vierges se suicident

samedi 2 octobre 2010

écrire: en cours

Ils ne parlaient plus.

Ils criaient.

Ils criaient dans leur sommeil, un long cri rauque et terrifié qui réveillait leurs compagnes.

Lorsqu’ils se rendormaient, ils en perdaient le souvenir.

A leur réveil, ils ne parlaient plus.

Les femmes, alors, pour les rassurer, leur caressaient longuement la nuque. Ils gémissaient comme des enfants plaintifs. Certains parvenaient à pleurer. Certaines de leurs femmes léchaient sur leur visage ces pleurs, avec la tendresse des guenons pour leurs petits.

Ils semblaient avoir oublié ce qu’être un homme signifie.