mardi 14 septembre 2010

Lire 1 - notes de lecture

Sarah, dont je lis le blog depuis un moment déjà, s’interroge sur la pudeur ou l’impudeur de son travail d’écriture.

Je n’ai jamais eu l’impression de lire des textes impudiques.

Lorsque nous nous voyons, je n’ai pas l’impression non plus de savoir sur elle des choses que je ne devrais pas savoir.

J’essaie de comprendre pourquoi.

Pourquoi on peut lui faire le reproche de l’impudeur, et pourquoi moi, qui suis pourtant carrément « prude », je ne peux pas lui faire ce reproche.

Je sais que ce qu’écrit Sarah se rapporte à elle, à sa vie. Je ne vois pas pourquoi il devrait en être autrement. Je ne vois pas non plus comment: à moins, et c’est l’idée de la « fiction », si je l’ai bien comprise, de masquer plus ou moins artificiellement ce que l’on est.

En même temps, ce « je » qui parle dans le blog que je lis presque tous les jours, je sais bien que je ne l’aurai jamais en face de moi, pour boire un café. Ce n’est pas un « je » avec lequel je serai en contact, un jour ou l’autre. Ce « je », je le connais bien. C’est celui qui est seul devant l’ordinateur, qui écrit seul, en s’adressant à quelqu’un de l’autre côté de l’ordinateur. Ce « je » là peut dire tout ce qu’il veut. Il est parfaitement libre. Et lorsque je lis le blog de Sarah, je suis celle à qui tout ce qui est écrit s’adresse. Je ne suis pas une petite curieuse qui lit avec voyeurisme un journal intime oublié là. Je ne le suis pas non plus lorsque je lis les journaux intimes, publiés depuis, de poètes morts depuis. Comment dire simplement : c’est écrit, et je le lis.

S’interroger sur la part de pudeur ou d’impudeur, réfléchir sur son propre geste d’écriture, c’est encore, avec le courage et la cruauté (envers soi) que cela comporte, un geste d’écrivain.