mardi 14 septembre 2010

écrire 1

en normandie

s’éveiller la nuit ne pas être éveillé ne pas savoir se réveiller

seul, dans un lit différent dans une configuration différente des ombres et du noir et

d’une voix qu’on ne se connaît pas dire dans la nuit au corps qui devrait être là

« j’ai peur » puis frôler du dos de la main non ce corps ami mais le mur et

reconnaître le crépi savoir, alors, quel est ce lit et pourquoi seul

se rendormir.

*

comme il pleut toujours et qu’il faut bien prendre l’air

sortir, peu avant le repas

traverser le jardin

se tenir sous un arbre au tronc très large

alors,

j’ai su

que derrière chaque tronc d’arbre tout autour de moi

se tenait un fantôme

j’ai su qu’ils étaient là

ne me voyant pas plus que je ne les voyais

ils étaient là

je le savais

chacun sous son arbre

moi sous le mien

et ils savaient aussi que j’étais là

et l’un de ces fantômes était quelqu’un que j’ai perdu

il était là,

lui aussi,

sous son arbre,

et nous étions tous là

et personne ne voyait personne

et chacun savait que les autres étaient là

alors,

un cri

mon cœur bondit un peu douloureusement

un cri m’arrache à ce savoir

mon père sur le seuil de la cuisine

il est l’heure de dîner.

*